L'école doit permettre
à l'élève d'acquérir tant un savoir être qu'un savoir faire, et de construire
sa personnalité par sa propre activité. Illustration Françoise Reiffers, animation Pierre-Loup Griffais
Cette forme pédagogique peut être caractérisée par trois dimensions :
- Une liberté d'initiative perçue
par les élèves eux-mêmes, à travers leurs propres recherches. Ils y découvrent
l'autonomie dans le travail. Offrir à des groupes d'élèves, plus ou moins importants,
la possibilité de construire et vivre un projet avec un aboutissement. A travers
cela, les élèves apprennent en faisant et vivant. Et ils apprennent aussi à
apprendre.
- Une expérience concrète du savoir.
L'élève actif est aussi celui qui peut confronter un savoir transmis avec une
réalité vécue, qui met en relation des connaissances reçues dans la diversité,
qui peut mettre en jeu des compétences qui lui sont propres. L'école de cirque
veut ainsi faire de l'élève, non pas un spectateur passif, un consommateur,
de l'enseignement du maître, mais quelqu'un qui vit une expérienc, qui s'essaie
à faire pour construire ses connaissances et ses références. Et cela ne passe
pas seulement par la rationalité. Cela passe aussi par le corps, le sentiment,
la sensibilité, l'imaginaire. Cela passe par le vécu collectif et par l'affectivité.
On parle beaucoup dans les milieux culturels de plaisir : plaisir de lire, plaisir
de jouer, plaisir de raconter. Ce plaisir-là n'est pas celui du seul dérivatif
ou du seul loisir (ne lie-t-on pas trop facilement loisir et culture ?) Il est
plus proche de la satisfaction qui vient après que des difficultés ont été surmontées,
après une construction dont on n'était pas certain qu'elle aboutisse. Les scientifiques
parlent ainsi du plaisir de la recherche. Ce n'est même pas celui du travail
abouti mais celui qui est ressenti d'un au-delà que le travail réalisé a permis
d'atteindre et qui offre un épanouissement personnel. Par l'expérience concrète
s'expérimente le fait que les savoirs ne se communiquent pas totalement par
la parole. Ils se révèlent dans le vécu et se construisent dans l'action. Les
arts du cirque, précisément parce qu'ils sont actions, favorisent cette révélation.
La conséquence en est parfois la découverte par l'élève d'un centre d'intérêt
ou de réussite qui peut influencer son orientation vers un projet personnel.
- Une mise en situation. Cette
troisième dimension d'une pédagogie du concret, composante de l'art du cirque,
concerne l'action des enseignants. Comment amener l'élève, tous les élèves,
au savoir réclamé ? Par quelles situations d'apprentissage permettra-t-on l'émergence
de compétences ? Or une mise en situation, ce n'est pas seulement un ensemble
de problèmes à résoudre. C'est un vécu proposé. Mais qu'est-ce qu'une telle
situation dans l'acte éducatif ? On peut la définir comme une "convergence de
propositions" (P.Claudel), et cette convergence présente trois aspects principaux
:
. la confrontation à un réel complexe,
par lequel il peut y avoir plusieurs niveaux de lecture. Le lieu, l'objet, les
personnes, le passé ou l'actuel, les idées, les recherches, tout cela compose
ce réel à découvrir.
. une organisation de la connaissance
de ce réel complexe. Une situation est en effet éducative quand convergent en
elle plusieurs propositions de travail, de repères, d'outils permettant des
découvertes par des mises en relation. Ce sera le rôle des différentes disciplines
d'enseignement que de converger sur un même objet à partir de leurs propres
méthodologies.
. une possibilité de découverte
parmi les multiples approches. Approcher le réel, c'est aussi s'approcher soi-même,
trouver des sensations, rencontrer des questionnements, ressentir des intérêts.
Aussi un atelier organisé dans l'école pour favoriser l'accès aux arts du cirque
est-il une situation de production. Il est à la fois proposé à chacun et à tous
au départ. Il devient ainsi spécifique pour chacun par la mise en place de sa
propre production qui est révélatrive de la spécificité de son regard. Et de
plus en plus, dans notre école doivent se mettre en place des propositions de
situations créatrices, conçues pour favoriser la construction personnelle d'un
savoir et d'une personnalité.
Au départ c'est un engagement sur l'avenir,
mais nous percevons immédiatement qu'il existe une incertitude et que s'exprime
une tension. Car si projeter signifie à la fois prévoir, rassembler des idées,
recherche des finalités, définir des champs d'action, réunir des moyens, ce terme
signifie aussi se projeter en avant, oser, risquer. On reconnaît implicitement
que la vie ne se réduit pas à ce qui est programmé, que les voies pour atteindre
un but sont nombreuses et les situations multiples. Un projet peut évoluer au
fil du temps, en fonction des apports des uns et des autres, des événements vécus
et des personnes qui s'y rattachent. Souvent ce sont les élèves et les parents
délèves eux-mêmes qui on fait évoluer un projet par le dynamisme, l'esprit critique
et la richesse qu'ils ont introduits.
La gestion collective d'un projet passe par l'animation de la vie de groupe. Si
au début d'un projet, on peut repérer quels en sont les initiateurs, très vite
tous les participants se l'approprieront, apporteront leurs richesses et tous
contribueront à sa réalisation.
Après plusieurs années de fonctionnement, nous prenons petit à petit conscience
qu'il nous reste plus de travail à faire que ce que nous avons fait depuis la
création de l'école. Au fur et à mesure que nous améliorons le fonctionnement,
d'autres idées, d'autres besoins viennent pour encore parfaire la pédagogie de
l'école. Récemment nous avons décidé d'assister la formation par vidéo. Régulièrement
nous nous tenons au courant des évolutions de
la pédagogie, des recherches se déroulant dans les autres écoles des
arts du Cirque.
Bientôt ici nous publierons nos bilans de séances.
Bientôt ici un forum de discussion sur les arts du cirque.